La chance est-elle une compétence ? 🍀

Quand le succès est au rendez-vous, notre humilité naturelle nous amène à penser que c’est grâce à nos nombreux talents.

La vérité est plus nuancée, bien sûr. Nous devons admettre que d’autres facteurs que nos seuls travail et compétences sont entrés en ligne de compte : le hasard, le contexte porteur, la chance…

Le succès est la résultante de plusieurs facteurs complexes. Mais la chance ? Cette fameuse chance qui « sourit aux audacieux », selon le mot célèbre de l’auteur latin Virgile dans l’Énéide — mot qui a d’ailleurs été détourné de sa signification première. L’auteur explique en effet que le sérieux et la constance permettent le succès ; l’audace conduit souvent à l’échec et à la mort.

Pour beaucoup, la chance est une influence un peu mystérieuse qui viendrait d’on ne sait où et qui nous aiderait à réussir. D’ailleurs, on invoque la chance avec un brin de superstition : le fer à cheval, le trèfle à quatre feuilles et autres grigris sont censés conjurer le sort et nous venir en aide.

D’autres esprits nous donnent quelques indications plus utiles :

Pasteur : « La chance ne sourit qu’aux esprits bien préparés. »

Churchill : « La chance n’existe pas ; ce que vous appelez chance, c’est l’attention aux détails. »

Jules Ferry : « La chance sourit à ceux qui y sont préparés. »

Ce que dit la science

Une étude d’Actual Group menée par Jean Pralong, professeur à l’EM Normandie, publiée en 2025, bouscule les idées reçues : dans un marché européen incertain, la chance serait moins une affaire de hasard qu’une compétence fondée sur l’optimisme, la flexibilité et la proactivité.

Mais c’est surtout Richard Wiseman, professeur de psychologie à l’Université du Hertfordshire, qui a mené la recherche la plus approfondie sur le sujet. D’abord magicien, puis chercheur en psychologie sociale, Wiseman a étudié pendant plus de dix ans plus de 400 volontaires se déclarant soit très chanceux, soit très malchanceux. Ses conclusions, publiées dans The Luck Factor, sont contre-intuitives et fascinantes.

Il en dégage quatre piliers de la chance : la capacité à créer et repérer des opportunités, l’écoute de l’intuition, des attentes positives face à l’avenir, et une forte résilience face aux échecs. Wiseman a même créé une « Luck School » (école de la chance) où il entraîne les « malchanceux » à adopter les comportements des « chanceux ». Résultat : après plusieurs semaines d’expérimentation, près de 80 % des participants se déclarent plus confiants et plus satisfaits de leur trajectoire.

Peut-on créer des conditions favorables qui nous permettraient d’avoir plus de chance ? Absolument. Je vous propose quelques sujets de réflexion que vous pourriez intégrer dans votre pratique quotidienne. Et pourquoi pas devenir vous-même les artisans de votre chance.

1. Il n’y a pas de hasard, que des opportunités 🔍

Le hasard, c’est quand quelque chose se produit dans notre vie que nous n’avons ni voulu ni désiré — en tout cas consciemment. Cet événement fortuit va impacter nos projets.

L’attitude du sujet va faire la différence. Certaines personnes vont être contrariées dans leur plan et vont se trouver bloquées. Leur attitude va être de contourner cet événement, de l’ignorer — et peut-être de se retrouver par la suite en situation d’échec. D’autres vont, au contraire, remarquer dans cet événement une opportunité nouvelle et accepter de faire évoluer leur plan.

L’expérience du journal de Wiseman

L’une des expériences les plus célèbres de Wiseman illustre parfaitement ce mécanisme. Il demande à ses participants — chanceux et malchanceux — de compter le nombre de photos dans un journal. Au milieu du journal, en caractères géants, un message apparaît clairement : « Arrêtez de compter. Il y a 43 photos dans ce journal. » Les « chanceux » le remarquent immédiatement. Les « malchanceux » passent à côté — parce qu’ils sont trop focalisés sur leur tâche initiale pour voir ce qui se trouve juste sous leurs yeux.

Ce résultat est révélateur. La chance n’est pas ce qui vous arrive — c’est ce que vous remarquez. Les « chanceux » ont un champ d’attention plus large, plus détendu, plus ouvert à l’inattendu. Les « malchanceux » ont un champ d’attention étroit, fixé sur leur objectif, fermé à tout ce qui ne correspond pas à leur plan.

La bibliothèque de la vie

Richard Wiseman raconte d’ailleurs qu’un jour, se rendant dans une bibliothèque, il s’est trompé de rayon et est tombé sur des ouvrages de magie alors qu’il cherchait la littérature. Il a donc fait de la magie — ce qui l’aide aujourd’hui à expliquer les biais cognitifs et à faire vivre des expériences sensorielles à son auditoire.

Si l’on poursuit l’analogie, nos vies sont un parcours au sein d’une vaste bibliothèque. Nous voulons aller vers le rayon voyage et nous nous retrouvons dans le rayon histoire. Une attitude rigide nous conduirait à contourner ce rayon et à poursuivre notre but sans regarder autour de nous. Faire preuve d’ouverture d’esprit et de curiosité aura l’immense avantage de nous permettre de jeter un coup d’œil pour voir ce qu’il y a d’intéressant.

C’est ça une opportunité : un événement non désiré que nous pouvons traiter comme un intrus à supprimer — ou au contraire, explorer pour voir ce que l’on peut en tirer.

Les neurosciences confirment ce mécanisme. Quand nous sommes stressés ou anxieux, notre cortex préfrontal réduit notre champ d’attention pour nous concentrer sur la menace immédiate — c’est la « vision tunnel ». Quand nous sommes détendus et confiants, notre attention s’élargit et nous devenons capables de percevoir des informations périphériques que le stress nous aurait fait manquer. La chance favorise les esprits détendus — pas les esprits tendus.

2. Se créer des opportunités 🤝

Tout est, en définitive, une question de relations — de liens avec son environnement.

Quand on traite bien un client ou un prospect, ce dernier parlera de vous positivement à son entourage et cela créera pour l’avenir de nouvelles opportunités. Souvent l’opportunité ne se présente pas nécessairement sous l’aspect attendu.

L’histoire d’Olivier

L’un de mes amis Olivier, chef d’entreprise à succès, m’explique qu’un jour, fatigué, il devait se rendre à un dîner chez de bons amis. Il souhaitait annuler, puis s’est ravisé afin de faire quand même plaisir à ses relations. Lors de ce dîner, il a fait la rencontre d’une personne qui est devenue par la suite un investisseur précieux pour ses affaires et un créateur de valeur inespéré.

Ce n’est pas de la chance. C’est la conséquence d’un choix — se déplacer malgré la fatigue — combiné à une attitude d’ouverture qui a permis la connexion.

Le réseau de la chance

Wiseman a mesuré ce phénomène objectivement. Dans l’une de ses expériences, il donne à ses participants une liste de 15 noms de famille courants et leur demande combien de ces noms correspondent à des personnes qu’ils connaissent personnellement. En moyenne, les « chanceux » connaissent significativement plus de personnes que les « malchanceux ». Les chanceux sont tout simplement plus efficaces pour construire et entretenir des réseaux.

Les opportunités sont toujours le fruit de rencontres. Les personnes qui ont durablement de la chance sont avant tout tournées vers les autres et multiplient les contacts. Les services donnés gratuitement, les aides — ils sont avant tout eux-mêmes des opportunités pour les autres.

Le sociologue Mark Granovetter a montré dans sa célèbre étude The Strength of Weak Ties que les meilleures opportunités professionnelles viennent rarement de notre cercle intime — elles viennent de nos « liens faibles », ces connaissances éloignées, ces contacts occasionnels que nous croisons dans des contextes variés. Plus votre réseau est large et diversifié, plus vous êtes exposé à des informations, des idées et des opportunités que vos proches ne possèdent pas.

Le concept de territoire

J’ai souvent entendu parler du concept de « rencontrer les bonnes personnes ». On connaît toutes et tous ces champions du lobbying qui font tout pour attirer l’attention des décideurs. Je trouve cette méthode pas compatible avec toutes les psychologies — notamment les introvertis, les timides ou les modestes — et puis, c’est quoi « la bonne personne » ?

Je préfère le concept de territoire : où rencontre-t-on les personnes avec lesquelles on souhaite entrer en contact ? Quelles associations fréquentent-elles, quels salons, quelles conférences, quels endroits ?

Il est important, si l’on veut se créer des opportunités futures dans un domaine, de fréquenter un maximum de lieux où se rencontrent et échangent les personnes intéressées par notre domaine. Multipliez les contacts formels et informels. Faites-vous connaître. La meilleure façon est de contribuer gratuitement au succès des autres.

L’écoute, dans son sens le plus large, est très certainement une qualité des personnes qui ont de la chance.Écouter et savoir comprendre les besoins des futurs clients, les évolutions des goûts, les nouveaux marchés potentiels. Tout ceci ne peut se faire que dès lors que l’on est connecté à son environnement, en lien avec un maximum de personnes avec lesquelles on interagit.

3. La chance, la responsabilité et le succès 🎯

C’est le point le plus contre-intuitif de notre réflexion. Les gens qui ont de la chance rencontrent-ils moins de difficultés ou d’échecs que les autres ? En d’autres termes, ont-ils objectivement plus de chance ?

La découverte de Wiseman

Les analyses de Wiseman dans son étude sur plus de 400 volontaires tendraient à démontrer que les personnes qui se disent chanceuses rencontrent autant de difficultés et d’échecs que celles qui se vivent comme malchanceuses.

Ce qui change profondément, c’est leur attitude face à l’échec ou la difficulté.

Les « malchanceux » y voient un coup du sort et ont tendance à s’arrêter et se plaindre. Ils adoptent une attitude de victime. Les facteurs externes prennent une dimension exagérée. La personne a tendance à s’exonérer de toute responsabilité et considère que la difficulté est due à des causes indépendantes de sa volonté. Elle n’essaie souvent pas d’autres moyens d’y arriver et stoppe son projet.

Les « chanceux » acceptent la situation et tentent de surmonter l’obstacle. C’est pour eux une opportunité de faire différemment. La difficulté est considérée comme faisant partie du jeu. Ils assument plus volontiers une large part des conséquences de leurs actes et ont une appréciation équilibrée des différents facteurs qui concourent au résultat.

Les trois mécanismes de la « chance apprise »

Cette attitude se décompose en trois mécanismes que Wiseman a identifiés et que l’on peut développer consciemment :

Considérer les difficultés comme faisant partie du processus. Les « chanceux » ne vivent pas l’échec comme une fin — ils le vivent comme une information. « Cette voie ne fonctionne pas. Quelle autre voie est possible ? » Cette attitude leur permet de saisir plus facilement les opportunités qui émergent du chaos et de s’adapter pour progresser. C’est exactement le concept de growth mindset de Carol Dweck : la croyance que les capacités se développent par l’effort et l’apprentissage.

Assumer la responsabilité. Les « chanceux » font preuve d’une plus grande confiance en eux que les « malchanceux », qui ont tendance à en manquer et ne prennent plus aucun risque. En assumant la responsabilité de ce qui se passe — y compris les échecs —, ils conservent le sentiment d’être aux commandes de leur vie. La courbe de deuil se fait plus facilement du fait de cette acceptation.

Persévérer. Les « chanceux » font preuve de plus de persévérance dans la poursuite de leurs objectifs. La difficulté ou l’échec ne remet que rarement en cause leur volonté d’aboutir. Angela Duckworth, psychologue à l’Université de Pennsylvanie, a montré dans ses recherches sur le grit (la ténacité) que la persévérance est un prédicteur de succès bien plus fiable que le talent, le QI ou le niveau d’études.

Les prophéties auto-réalisatrices

À y bien réfléchir, adopter un tel état d’esprit conduit bien évidemment à avoir plus de succès dans sa vie professionnelle et personnelle. C’est le mécanisme de la prophétie auto-réalisatrice, formalisé par le sociologue Robert Merton : nos croyances influencent nos comportements, qui influencent nos résultats, qui confirment nos croyances.

Si vous croyez que vous êtes chanceux, vous agissez avec plus d’ouverture, plus de confiance, plus de persévérance. Vous rencontrez plus de personnes, vous remarquez plus d’opportunités, vous rebondissez plus vite. Et les résultats suivent — confirmant votre croyance initiale.

Le contraire est également vrai. Si vous croyez que vous êtes malchanceux, vous vous fermez, vous vous méfiez, vous abandonnez plus vite. Et les résultats confirment votre croyance — créant un cercle vicieux d’auto-sabotage.

À la fin, le succès est au rendez-vous plus fréquemment pour les « chanceux » que pour ceux que la « malchance » semble guider.

Conclusion : avoir de la chance est une compétence à développer 🤎

Comme les prophéties auto-réalisatrices, affirmer que l’on a de la chance — et bien évidemment agir en conséquence — permet, sur la durée, d’avoir une vie chanceuse. Le contraire est également vrai.

Même si les facteurs externes jouent, dans nos vies, un rôle non négligeable, notre comportement face à ces aléas revêt une importance tout aussi importante — voire statistiquement plus importante — sur notre capacité à générer le succès que nous recherchons.

Wiseman l’a démontré avec sa « Luck School » : après quelques semaines d’entraînement aux quatre piliers de la chance (créer des opportunités, écouter son intuition, cultiver des attentes positives, transformer le négatif en positif), 80 % des participants ont rapporté des changements significatifs dans leur vie — non pas parce que le monde avait changé, mais parce que leur regard sur le monde avait changé.

Alors oui : avoir de la chance est une compétence à développer.

D’ailleurs, Napoléon ne s’y est pas trompé, qui demandait, avant de nommer un général : « Fort bien, mais a-t-il de la chance ? »

Ce que Napoléon pressentait — et que Wiseman a démontré — c’est que la « chance » d’un individu n’est pas un don mystérieux tombé du ciel. C’est un état d’esprit qui se cultive, un ensemble de comportements qui se pratiquent, une posture face à la vie qui se choisit.

Et cette posture tient en une phrase : restez ouvert, restez connecté, restez debout. Le reste viendra.

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Christian Charlat Fondateur de Protos Formation Formateur, Coach, Créateur de parcours e-learning

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Personne ne croyait en moi. À part moi.

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