Les 7 lois du temps à connaître pour faire de cette année une réussite ⏰
Je ne sais pas vous, mais chaque début d’année est, pour moi, une bonne occasion pour faire des projets et se fixer de nouveaux objectifs.
Nous savons toutes et tous que la façon dont nous allons perdre notre temps, gagner du temps, mieux employer notre temps sera le facteur clé de succès ou d’échec dans la concrétisation de nos rêves et projets.
Et les études le confirment avec une précision qui donne le vertige. Selon une étude de Gallup, les salariés à temps plein se considèrent pleinement productifs seulement trois heures sur une journée de huit heures. Les cinq heures restantes ? Elles disparaissent dans les interruptions, la coordination, les réunions inutiles et le multitâche — ce que le chercheur Cal Newport appelle le « travail superficiel », ces activités qui donnent l’illusion de la productivité mais ne créent aucune valeur réelle.
La bonne nouvelle, c’est que depuis plus d’un siècle, des chercheurs, des ingénieurs et des neurobiologistes ont formalisé des lois qui expliquent pourquoi nous perdons notre temps — et surtout comment reprendre le contrôle.
Je vous propose que nous revisitions, ensemble, ces 7 lois à connaître pour ne pas tomber dans le piège des projets sans lendemain et faire du temps un précieux allié.
1. Tout prend plus de temps que prévu 🐢
La loi de Hofstadter postule que « Tout prend toujours plus de temps que prévu, même en tenant compte de la loi de Hofstadter. »
Douglas Hofstadter, scientifique cognitif et professeur d’université américain, a formulé cette loi dans son ouvrage Gödel, Escher, Bach (1979). Sa formulation récursive — la loi s’applique même quand vous tenez compte de la loi — illustre avec humour un biais cognitif bien documenté en psychologie : la « planification optimiste ».
Dans tout projet, viennent inévitablement se glisser des imprévus, des aléas, des retards, l’incompétence ou la désorganisation des acteurs — et parfois nous-mêmes. La mauvaise évaluation du temps nécessaire à la réalisation de certaines tâches, l’allocation des moyens humains non optimale pour travailler sur telle ou telle partie peuvent être des causes non négligeables de retards conséquents.
Le problème vient de notre cerveau : il a un biais sur le temps et a tendance à se rappeler des conditions optimales d’une action passée. Par exemple, pour un temps de trajet, vous vous souvenez du minimum — quand tout va bien, pas de bouchon, pas d’imprévu. Mais en pratique, ce temps idéal est rarement atteignable.
Concrètement, que faire ?
- Avant de vous lancer dans un projet « tête baissée », estimez le temps nécessaire puis ajoutez systématiquement 30 à 50 % de marge pour l’imprévisible.
- Tenez un journal de projet : notez le temps réellement passé sur chaque tâche. Au bout de quelques semaines, vous aurez des données objectives pour calibrer vos futures estimations — au lieu de vous fier à votre intuition (qui ment).
- Découpez les grands projets en étapes intermédiaires avec des échéances propres. Plus les jalons sont proches, plus votre estimation sera réaliste.
- Fixez-vous des « fausses deadlines » légèrement en avance sur les vraies. Ainsi, même en cas d’imprévu, vous pouvez rattraper le coup et livrer à temps.
2. La loi de l’emmerdement maximum 💥
C’est marrant comme ce mot est devenu célèbre. Bref, ne nous éloignons pas de notre sujet !
C’est la fameuse loi de Murphy, formulée par Edward Aloysius Murphy Jr., ingénieur aérospatial américain (1918-1990). On pourrait la résumer en disant que les choses ne sont pas toujours aussi simples qu’elles n’y paraissent : quand on sous-estime la complexité, elle se rappelle à nous sous forme d’une multitude de contrariétés qui s’accumulent et peuvent générer des problèmes plus graves.
Elle dispose que « Si quelque chose peut tourner mal, ça tournera mal — et au pire moment possible. »
Un souci en amène souvent un autre, un seul suffit parfois à déclencher le fameux effet domino.
La valeur de cette loi n’est pas dans le fatalisme — c’est dans l’anticipation. Murphy ne nous dit pas de baisser les bras. Il nous dit de prévoir le pire pour être prêt quand il arrive. C’est exactement le même principe que la praemeditatio malorum des philosophes stoïciens : en visualisant les obstacles possibles avant qu’ils ne surviennent, on réduit l’effet de surprise et on prépare des plans B.
Concrètement, que faire ?
- Identifiez les points de fragilité de votre projet avant de le lancer. Où peut-il dérailler ? Quel maillon est le plus faible ? Quelle dépendance externe est la plus risquée ?
- Préparez un plan B pour chaque point critique. Vous n’aurez peut-être jamais besoin de l’utiliser — mais le simple fait de l’avoir réduit votre stress et accélère votre réaction si le problème survient.
- Soyez vigilant et réactif dès l’apparition d’un problème. Ne le minimisez pas et rectifiez immédiatement ce qui doit l’être. Un petit problème traité en une heure devient un gros problème traité en trois jours s’il est ignoré.
- Appliquez la règle du « premier signal » : quand quelque chose commence à dévier, même légèrement, c’est le moment d’agir — pas quand la déviation est devenue une crise.
3. Le temps passe vite quand on s’amuse ⏩
C’est la loi de Fraisse, du nom de Paul Fraisse, psychologue français spécialiste de la perception du temps.
Nous trouvons que le temps passe plus vite à faire ce qu’on aime qu’à faire la partie rébarbative de nos missions. Einstein l’avait résumé avec son humour habituel : « Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semblera durer une heure. Asseyez-vous auprès d’une jolie fille une heure et ça vous semblera durer une minute. »
Moralité : nous passons trop de temps à faire ce que nous aimons et pas assez sur cet essentiel rébarbatif. D’où, bien évidemment, un déséquilibre. D’ici à ce qu’on finisse par déléguer (mal) ce qui ne nous plaît pas, voire ne pas s’en occuper du tout — et les ennuis vont vite arriver.
Ce biais temporel a des conséquences directes sur la gestion de projet. Quand vous faites ce que vous aimez, vous sous-estimez le temps passé. Quand vous faites ce qui vous ennuie, vous le surestimez. Le résultat : un déséquilibre systématique dans l’allocation de votre temps, qui s’accumule jour après jour, semaine après semaine.
Concrètement, que faire ?
- Utilisez un chronomètre (même sur votre téléphone) pour mesurer le temps réel que vous passez sur chaque type de tâche. Vous serez probablement surpris de l’écart entre votre perception et la réalité.
- Programmez des blocs de temps fixes pour les tâches rébarbatives : 45 minutes sur la comptabilité, 30 minutes sur le reporting. Le bloc crée une contrainte temporelle qui vous force à rester concentré et limite l’envie de procrastiner.
- Alternez plaisir et contrainte : une tâche agréable, puis une tâche difficile, puis une agréable. Ce rythme maintient la motivation tout en garantissant que l’essentiel avance.
- Soyez attentif à ne pas consacrer tout votre temps à ce que vous aimez et pas assez pour les autres tâches. Tout est équilibre.
4. On fait surtout ce qui nous fait plaisir 🍬
La loi de Laborit : « Chaque individu suit une inclinaison naturelle à faire d’abord les choses qui lui font plaisir. »
Henri Laborit (1914-1995), chirurgien et neurobiologiste français, a étudié les mécanismes cérébraux de l’inhibition de l’action. Il a montré que face à une tâche perçue comme stressante, difficile ou désagréable, notre cerveau active un mécanisme d’évitement — il cherche instinctivement la satisfaction immédiate et fuit l’inconfort. C’est le fondement biologique de la procrastination.
Ajoutez-y la loi précédente (Fraisse) et vous aurez sans doute l’explication à toutes ces situations où nous sommes débordés : « Je ne m’en sors pas, je n’y arrive pas. » Trop de temps passé sur la partie qui nous passionne, pas assez sur celle qui nous ennuie mais qui demeure tout aussi importante, voire plus urgente.
On comprend la raison pour laquelle certains experts du management nous suggèrent de commencer par ce qui nous déplaît le plus. Cette technique porte un nom : « Eat that frog » (mangez ce crapaud), popularisée par Brian Tracy. L’idée est simple : si la première chose que vous faites chaque matin est de manger un crapaud vivant, vous avez la satisfaction de savoir que c’est probablement la pire chose qui vous arrivera dans la journée. Le reste ne peut qu’aller mieux.
Les recherches confirment cette approche : notre énergie cognitive et notre capacité de concentration sont à leur maximum le matin (grâce au pic naturel de cortisol qui favorise la vigilance). C’est donc le moment idéal pour s’attaquer aux tâches les plus difficiles. Les réserver pour l’après-midi, quand la fatigue cognitive s’installe, c’est se condamner à les faire mal — ou à ne pas les faire du tout.
Concrètement, que faire ?
- Identifiez chaque soir votre « crapaud » du lendemain — la tâche la plus importante et la plus désagréable de votre journée.
- Attaquez-la en premier, avant même de consulter vos mails ou d’ouvrir les réseaux sociaux. Les 90 premières minutes de votre journée sont votre capital le plus précieux : ne les gaspillez pas en tâches futiles.
- Récompensez-vous ensuite avec une tâche que vous aimez. Le circuit de la récompense de votre cerveau (dopamine) renforcera positivement cette habitude. Au bout de quelques semaines, commencer par le difficile deviendra un réflexe.
5. Le principe des séquences homogènes 🔗
La loi de Carlson (souvent attribuée à Taylor, mais formalisée par Sune Carlson, économiste suédois, 1909-1999) dispose qu’« un travail réalisé en continu prend moins de temps et d’énergie que lorsqu’il est réalisé en plusieurs fois ».
Cette loi dit que l’ordre dans lequel nous effectuons une série de tâches influe directement sur le temps qu’elles nous prennent. Et que cet ordre influe aussi sur le temps global pris pour l’ensemble du travail.
Pourquoi ? À cause de ce que les neurosciences appellent le « résidu d’attention ». Chaque fois que vous passez d’une tâche à une autre, une partie de votre cerveau reste « accrochée » à la tâche précédente. Il faut en moyenne plus de 20 minutes pour récupérer une concentration pleine après une interruption. Si vous êtes interrompu six fois dans une journée, vous perdez potentiellement deux heures de travail productif — non pas en heures de pause, mais en temps de reconcentration gaspillé.
Le multitâche est un mythe. Ce que nous appelons « multitâche » est en réalité un basculement rapide d’une activité à une autre, qui épuise les ressources cognitives et peut réduire la productivité de 40 %. Notre cerveau n’est tout simplement pas câblé pour traiter plusieurs tâches complexes en parallèle.
Concrètement, que faire ?
- Regroupez les tâches de même nature en blocs homogènes : un bloc « mails » (30 minutes, deux fois par jour), un bloc « appels téléphoniques », un bloc « rédaction », un bloc « réunions ». En enchaînant des activités similaires, votre cerveau reste dans le même mode cognitif et n’a pas besoin de se reconnecter à chaque fois.
- Créez des « bulles de concentration » de 60 à 90 minutes pendant lesquelles vous coupez toutes les notifications, fermez votre messagerie, mettez votre téléphone en mode avion et affichez un signal « ne pas déranger ». Ce sont vos plages de travail en profondeur — celles qui produisent 80 % de votre valeur ajoutée.
- Ne consultez jamais vos mails en premier le matin. Les mails sont les tâches des autres, pas les vôtres. Commencez par votre propre priorité, puis ouvrez les mails à 10h.
- Protégez vos séquences homogènes comme des rendez-vous non annulables dans votre agenda.
6. Le rendement décroissant 📉
La loi d’Illich (du nom d’Ivan Illich, penseur autrichien) complétée par la loi de Carlson postule que lorsque nous effectuons un travail, notre efficacité décroît au fil du temps. Au-delà d’un certain seuil, le temps supplémentaire passé non seulement n’améliore plus le résultat — il le dégrade.
Carlson a d’ailleurs agrémenté sa loi d’une observation complémentaire : travailler sur un sujet de manière discontinue prend plus de temps qu’enchaîner les séquences sur le même sujet.
Les neurosciences confirment ce phénomène. Notre cortex préfrontal — siège de la concentration et de la prise de décision — fonctionne comme un muscle : il se fatigue avec l’usage. Après 60 à 90 minutes de concentration soutenue, ses performances chutent significativement. Forcer au-delà, c’est comme essayer de courir un sprint en étant épuisé : non seulement on ralentit, mais on risque de se blesser — en l’occurrence, de commettre des erreurs coûteuses.
Concrètement, que faire ?
- Travaillez en séquences de 60 à 90 minutes maximum, suivies de pauses de 10 à 15 minutes. C’est le rythme ultradien naturel de votre cerveau — celui qui respecte ses cycles de haute et basse énergie.
- Pendant la pause, déconnectez réellement : marchez, étirez-vous, regardez par la fenêtre. Ne remplacez pas le travail par les réseaux sociaux — votre cerveau a besoin de repos, pas de stimulation différente.
- La technique Pomodoro (25 minutes de travail concentré + 5 minutes de pause) est une variante plus courte qui convient aux tâches administratives. Mais attention : pour le travail en profondeur, 25 minutes sont souvent insuffisantes. Préférez des blocs de 60 à 90 minutes pour les projets complexes.
- Identifiez vos pics d’énergie dans la journée. La plupart des gens sont au sommet de leur concentration le matin (entre 9h et 12h). Réservez ces créneaux pour le travail exigeant. Gardez l’après-midi pour les tâches plus mécaniques.
- Quand vous sentez que vous « tournez en rond » sur un sujet, arrêtez-vous. Votre subconscient continuera d’y travailler en tâche de fond. Souvent, la solution surgira pendant une pause ou le lendemain matin — pas au bout de la troisième heure d’acharnement.
7. Le temps est extensible ⏳
C’est ma préférée. La loi de Parkinson stipule que plus on a de temps pour réaliser une tâche, plus on consomme tout son temps sans accroître l’efficacité de notre travail pour autant.
Cyril Northcote Parkinson, historien et essayiste britannique, a formulé cette loi en 1955 dans The Economist, après avoir observé un phénomène paradoxal à l’Amirauté britannique : alors que le nombre de navires diminuait, le nombre d’employés continuait de croître. Il en a déduit que le travail se dilate comme un gaz pour remplir le volume (de temps) disponible.
Si on donne 7 missions dans une journée à quelqu’un qui peuvent être réalisées dans ce laps de temps, elle mettra autant de temps à les réaliser que si vous ne lui en donniez que 3. Nous avons donc tendance à ajuster notre rythme de travail au temps dont nous disposons pour faire ce que nous avons à faire.
Ce mécanisme est amplifié par un autre biais : le perfectionnisme. Sans contrainte de temps, nous avons tendance à peaufiner des détails mineurs, à ajouter des complexités inutiles, à refaire ce qui est déjà suffisant. La loi de Parkinson nous rappelle que « suffisant » est souvent meilleur que « parfait mais en retard ».
Concrètement, que faire ?
- Estimez raisonnablement le temps nécessaire pour chaque tâche — puis réduisez-le de 20 %. Cette légère compression crée un sentiment d’urgence sain qui booste votre concentration. Le temps juste, mieux que le « juste à temps » qui est un autre concept.
- Fixez-vous des deadlines courtes et non négociables, même pour les tâches sans échéance externe. Si personne ne vous impose de date limite, imposez-la-vous vous-même — et tenez-la.
- Découpez les grands projets en micro-livrables avec des échéances intermédiaires rapprochées. Un projet « à rendre dans trois mois » est une invitation à la procrastination. Un projet découpé en 12 jalons hebdomadaires crée une dynamique d’avancement continue.
- Chronométrez-vous de temps en temps. Savoir exactement combien de temps vous prenez pour une tâche récurrente (un article, un rapport, une présentation) vous immunise contre la dilatation.
Conclusion : reprendre le temps avant qu’il ne nous prenne 🤎
Le temps est notre bien le plus précieux. Nous avons aussi besoin de temps pour ne rien faire. Juste vivre, rêver, aimer, lire, se promener. Profiter de la vie, ce bien précieux.
Notre monde « digitalisé », tout le monde le ressent bien, a tendance à accélérer le temps. Toujours plus, toujours plus vite, tout le temps. On commence à voir les dégâts à en croire les statistiques sur le mal-être, le nombre de dépressions, les besoins de rupture avec sa vie professionnelle et les burnouts.
Ces sept lois ne sont pas des curiosités théoriques. Ce sont des miroirs qui nous renvoient nos automatismes les plus coûteux : sous-estimer le temps nécessaire (Hofstadter), ne pas anticiper les problèmes (Murphy), passer trop de temps sur ce qui nous plaît (Fraisse), reporter le difficile (Laborit), se disperser (Carlson), s’acharner au-delà du raisonnable (Illich) et laisser le travail se dilater (Parkinson).
La solution ne réside pas dans une méthode miracle. Elle réside dans une conscience aiguisée de ces pièges et dans quelques habitudes simples mais non négociables : estimer avec réalisme, anticiper les obstacles, commencer par le plus dur, regrouper les tâches similaires, respecter ses cycles d’énergie, se fixer des délais courts — et s’arrêter quand il est temps de s’arrêter.
Tiens, j’ai envie de rajouter une loi. On pourrait l’appeler la loi du bonheur : consacrez chaque jour du temps à rien. Ralentir le temps. Apprécier la vie, simplement. Regarder le temps qui passe. Respirer. S’emplir de joie et sourire.
Vous n’avez pas le temps pour ces « futilités » ?
Prenez-le. Avant que le temps ne vous prenne.
« Les cimetières sont remplis de gens indispensables. »
Qui se souviendra de nos visages, de ce que nous avons fait, de qui nous étions ? Nos conjoints, nos familles, nos amis… sûrement pas nos lieux de travail.
Alors remettons les choses dans le bon ordre. Dès aujourd’hui.